lundi 19 novembre 2018

Editorial des bulletins Lutte ouvrière d’entreprise de ce lundi 19 novembre 2018


Après le 17 novembre : défendre notre niveau de vie, c'est se battre pour l'augmentation des salaires, des pensions et des allocations


Photo : José Sorribes

Avec des centaines de milliers de manifestants dans plus de 2000 rassemblements, la mobilisation du samedi 17 novembre a été un succès, malgré le drame de la mort d’une manifestante en Savoie et les blessés sur d’autres lieux de blocage. Des actions ont même continué les jours suivants.

Ces mobilisations ont rassemblé des manifestants qui, pour beaucoup, vivaient là leur première action collective. Elles ont été organisées à la base, hors des cadres habituels des partis et des directions syndicales. Les ministres qui ont souligné l’absence « d’organisateurs identifiés » déploraient en fait de n’avoir personne avec qui négocier pour stopper le mouvement au plus vite. Pour les classes laborieuses, le problème est inverse : il est de s’engager dans la lutte et de l’organiser sur la base de leurs intérêts.   

Les actions du week-end expriment une colère légitime. Les hausses de prix des carburants les ont déclenchées. Mais c’est la hausse de trop, qui fait déborder un mécontentement bien plus large.

Des salariés du public ou du privé, des chômeurs et des retraités participant aux blocages l’ont exprimé, en disant qu’ils n’en pouvaient plus des sacrifices et de devoir serrer la ceinture d’un cran de plus pour se déplacer, ne serait-ce que pour aller au boulot ou pour essayer d’en trouver !

Le monde du travail doit mettre en avant ses propres objectifs et se mobiliser sur ses propres revendications.  Le slogan « Macron démission » fait l’unanimité et il y a de quoi vouloir se débarrasser de ce gouvernement des riches !

Mais s’ils veulent se battre pour leur droit à l’existence, les travailleurs doivent cibler les donneurs d’ordre : cette classe capitaliste pour laquelle Macron est aux petits soins et qui mène la guerre aux travailleurs.

C’est pour que les actionnaires des grandes entreprises continuent à amasser des milliards de profits que les travailleurs sont contraints à la survie avec des salaires trop faibles ou des allocations de chômage, lorsque les patrons prennent la décision de fermer des entreprises pour faire encore plus de profits.

Dans le mouvement des gilets jaunes, il y a d’autres catégories sociales que les salariés. Patrons du transport ou du BTP, agriculteurs et artisans mettent en avant les revendications contre les taxes, qui correspondent à la défense de leurs intérêts. Ces revendications « antitaxes » cantonnent la mobilisation sur le terrain de l’opposition au gouvernement qui permet aussi à la droite et à l’extrême droite de tenter de jouer leur carte. Tant que l’on ne remet pas en cause les profits de la classe capitaliste, des politiciens comme Le Pen, Dupont-Aignan ou Wauquiez veulent bien faire des discours sur les intérêts du peuple.

L’argent public, l’argent des impôts et des taxes, est de plus en plus consacré directement à la grande bourgeoisie. Ce sont les grandes entreprises du CAC 40 qui engrangent des milliards de subventions et de crédits d’impôts. Et si le gouvernement finit par décharger les petits patrons de la taxe sur les carburants, voire la supprime complètement, il cherchera un autre moyen de prendre dans les poches des travailleurs l’argent que la classe capitaliste exige.

Le Premier ministre Philippe a affirmé dimanche soir que son gouvernement ne reculerait pas, tout en promettant d’« accompagner ceux dont il entend la souffrance ». Mais les travailleurs ne demandent pas la compréhension ou la charité pour boucler les fins de mois ! Ils exigent de vivre dignement de leur travail, eux qui font tourner toute la société, ou qui l’ont fait tourner avant de se retrouver privés d’emplois ou à la retraite.

Pour empêcher notre niveau de vie de sombrer, nous devons exiger l’augmentation des salaires, des allocations et des pensions et leur progression au même rythme que les prix. Cela signifie engager une lutte d’ampleur contre le grand patronat et le gouvernement à son service.

Les salariés, qui se connaissent, se retrouvent chaque jour dans les entreprises, y sont concentrés, disposent de tous les moyens pour organiser ce combat. Ils disposent d’une arme fondamentale car ils sont au cœur de la production, de la distribution, de toute l’économie. La grève leur permet de toucher les capitalistes là où ils sont sensibles, à la source du profit !

Aujourd’hui, demain et les jours suivants, qu’on ait participé ou non aux actions du week-end, il faut continuer à discuter entre travailleurs et se préparer à prendre l’argent qui nous manque chaque mois là où il est, dans les caisses du grand patronat !

Le 17 novembre, et après. En Gironde…


Contre les taxes, pour la hausse des salaires, un bel exemple de mobilisation
 



Lundi matin, sur l’agglomération de Bordeaux, plusieurs rassemblements et blocages se poursuivaient, notamment sur le pont d’Aquitaine, bloquant la rocade, et au niveau de l’autoroute à Langon. Samedi, un rassemblement organisa une opération péage gratuit sur l’A10, un autre un filtrage sur l’A63 en direction de Bayonne. Mais c’est un autre rassemblement regroupant plus de 2000 personnes qui prit en charge le blocage du pont d’Aquitaine. Les manifestants, de milieu populaire, des travailleurs, certains syndiqués à la CGT, portaient des panneaux dénonçant les taxes sur les carburants mais également la CSG, la Flat Tax, la fin de l’ISF, et certains se moquaient de Macron en lui demandant d'essayer de vivre au SMIC, comme beaucoup de travailleurs. Au centre-ville de Bordeaux, près de 2000 personnes ont manifesté à pied. Le ton de cette manifestation était donné par France Insoumise qui mettait en avant essentiellement la démission de Macron mais les manifestants en colère discutaient aussi des salaires. Une intervention au micro sur ce thème et sur l’indexation automatique des salaires et des pensions fut applaudie. A Langon, 7 000 habitants, plusieurs centaines de manifestants ont occupé tous les ronds-points de la ville et les hypermarchés décidèrent de tous fermer leurs portes. Là-aussi, à l’occasion d’une prise de paroles, les revendications sur les salaires furent applaudies. A Libourne, des petits barrages étaient positionnés sur des ronds-points. Les discussions portaient sur les salaires et sur la capacité des travailleurs à imposer leurs revendications au patronat. 

Réforme du Lycée : Blanquer à Taverny ce soir


A louis Jouvet, une farce et un drame

 
                             Sud-Education
Ce soir lundi, à 18 heures 30, une réunion sur « la réforme du lycée » doit avoir lieu au lycée Louis Jouvet de Taverny (Val d’Oise). A cette occasion, Blanquer qui en est le maître d’oeuvre, le ministre de « l’éducation », sera présent.
Le SNES, principal syndicat du secondaire écrit à propos de cette « réforme ». « Après les textes précisant les contours du Bac Blanquer, le Ministre a dévoilé les projets de textes dessinant l’architecture du nouveau lycée : fin des séries dans la voie générale, filières technologiques démembrées, coup de rabot sur les options...tout confirme que le lycée Blanquer s’inscrit dans la droite lignée des annonces de ces derniers mois : un lycée Blanquer qui diminue l’offre de formation, construit des parcours d’initiés, renforce la concurrence entre les personnels sur fond de suppressions de postes ».
Bref, moins d’enseignements, moins de choix, moins d’enseignants. C’est peut-être bon pour l’élitiste proclamé Blanquer, mais c’est mortel pour l’Education.

Hôpital Victor Dupuy d’Argenteuil : attendre derrière une barrière pour aller au travail, ce n’est plus possible


On arrive ! On doit pouvoir entrer aussitôt !



Lorsque nous distribuons au petit matin un tract aux agents de l’hôpital d’Argenteuil, il est navrant de voir la barrière d’entrée fermée un temps pour l’arrivée du personnel en voiture. En tout cas, des dizaines et des dizaines de voitures font la queue et les agents attendent plus ou moins longtemps avant qu’elle ne soit levée. Pas chouette avant une longue journée de travail.
         La CGT de l’hôpital revendique qu’elle soit à l’avenir ouverte dès 6 heures 15 et appelle à un rassemblement en décembre pour que la direction finisse par entendre raison.
         C’est vraiment la moindre des choses. Cela permettra d’entrer directement dans l’hôpital pour rejoindre son service, assurer au mieux le relais avec les membres de l’équipe précédente, et commencer sa journée de travail dans de bien meilleures conditions !

Argenteuil : Plan pauvreté, les partisans de Macron nous prennent pour des quiches


Tromperie sur la marchandise




Ces jours derniers, les Macroniens ont tenté à quelques-uns de défendre à Argenteuil avec un tract le plan dit de « pauvreté » de leur chef.
         Ce n’est pas tant la liste des mesurettes promises qu’il y a à discuter (voir ci-dessous l’article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière à ce sujet). Mais les titres des recto et verso de ce tract sont particulièrement choquants.
         Pour le recto : « 1 enfant sur 5 vit dans la pauvreté ». Bien évidemment c’est vrai, la pure réalité. Mais pour lutter contre cela, ce n’est pas sur un vassal du grand patronat qu’il faut compter.
         Il faudrait un salaire, une pension, ou des allocations qui permettent de vivre dignement.
         Il faut un emploi pour tous.
         Il faut des services publics utiles à la population qui répondent aux besoins !
         Aux antipodes de la planète macronienne ! 

         Quant au verso (ou l’inverse), occupant toute la page : « Il faut aujourd’hui en France 6 générations pour sortir de la pauvreté ».

         Aucun commentaire, à part celui-ci : Macron est en train de faire passer le nombre de 6 à 7 générations.

Plan Pauvreté : le dérisoire plan Macron. Voilà ce que nous écrivions au mois de septembre dernier lors qu’il a été annoncé


Plan pauvreté : de la poudre aux yeux

Macron a détaillé le 13 septembre son plan dit « de lutte contre la pauvreté », présenté par la presse comme le virage social du quinquennat. C’en serait fini du président des riches. On est pourtant bien loin du président des pauvres.
Le gouvernement prétend qu’il va y consacrer 8,5 milliards d’euros sur quatre ans. Cela fait 67 centimes par personne et par jour. Autant dire que c’est du vent. Il bavarde sur la mise en place de petits déjeuners dans les écoles pour les enfants qui n’en prennent pas, mais sans préciser qui paiera. Les tarifs sociaux dans les cantines scolaires, avec des repas à 1 euro pour les plus pauvres, seront généralisés, mais pour 200 000 à 300 000 enfants, sur 3 millions considérés comme pauvres.
Et puis, derrière la communication, il y a la réalité de la politique du gouvernement. Son plan veut ainsi rendre obligatoire la formation jusqu’à 18 ans des 20 000 jeunes sortant chaque année du système scolaire sans diplôme, alors qu’il supprime 1 400 postes d’enseignants, des milliers de postes de fonctionnaires et licencie des dizaines de milliers de contrats aidés.
Il promet, comme tous ses prédécesseurs, de résorber les bidonvilles d’ici 2022 et de créer des structures pour accueillir les familles, alors qu’il baisse les budgets des organismes HLM et réduit l’obligation pour les communes de construire des logements sociaux, contraignant ainsi bien des familles pauvres à vivre dans des logements précaires.
Enfin, Macron a annoncé la fusion du RSA, des aides au logement et de la prime d’activité dans une allocation unique. Le gouvernement jure ses grands dieux que les allocataires n’y perdront pas un centime, bien au contraire. Un rapport réalisé pour Matignon, que la presse avait publié au mois d’août, calculait pourtant qu’une telle fusion pourrait entraîner une baisse de ressources pour 3,55 millions de ménages. Sous prétexte de simplifier les aides pour les bénéficiaires qui aujourd’hui ne les perçoivent pas, parce qu’ils ignorent comment les demander ou même qu’ils peuvent y prétendre, le plan du gouvernement vise en fait à les diminuer pour tous. D’autant que ce revenu prétendu universel sera assorti d’une injonction à travailler : les futurs allocataires devront ainsi signer un contrat, suivre un parcours de réinsertion et ne pourront refuser plus de deux offres d’emploi, ou d’activité, sous peine de sanction.
Sous le prétexte bien connu de favoriser le retour à l’emploi, il s’agit donc d’aggraver encore la pression sur les chômeurs. Les discours qui ont accompagné l’annonce du plan le montrent. Fustiger encore et toujours les pauvres pour les rendre responsables de leur sort, c’est une façon pour le gouvernement de leur faire la guerre.
L’argument de la lutte contre la pauvreté sert ici de camouflage à un véritable plan d’économies aux dépens des plus pauvres. Bien loin d’un virage, c’est en droite ligne avec toute la politique du gouvernement : pour protéger la bourgeoisie de la crise, il accroît légalement l’exploitation, précipitant une partie des travailleurs dans la misère, tout en arrosant cette même bourgeoisie de subventions et d’aides diverses, puisées directement dans les caisses de l’État et sur les budgets sociaux. Bien loin de faire diminuer la pauvreté, cela ne peut au contraire que l’aggraver.

Jacques Le Gall (Lutte ouvrière n°2616)

Chlordécone à la Guadeloupe et à la Martinique


Une promesse de Macron… repoussée

Fin septembre, lors de son déplacement aux Antilles, Macron avait déclaré que « l’État devait prendre sa part de responsabilité » dans l’affaire du chlordécone, un pesticide qui menace la santé de celles et ceux qui ont travaillé à son contact et qui a pollué les terres où il a été employé.
Mais, jusqu’à présent, tous les amendements prévoyant l’augmentation, d’à peine un million d’euros, du budget consacré à la dépollution du terrain ont été repoussés à l’Assemblée nationale.
Les souffrances que ce pesticide a engendrées pour la population en Martinique et en Guadeloupe sont ainsi traitées à la légère. Il faudra attendre l’an prochain pour savoir si, au final, la promesse sera tenue ou abandonnée. Et, en attendant, il y a de quoi faire se lever une nuée de doigts d’honneur aux Antilles, et pas seulement un, comme cela s’est produit lors du dernier voyage du président.

                                         Jacques FONTENOY (Lutte ouvrière n°2624)