jeudi 30 janvier 2014

Le « genre » de cette rumeur : Réaction. Un article de notre hebdomadaire Lutte Ouvrière de cette semaine (en vente auprès des militants, sur demande, et à la librairie du Presse-papier -1 euro). Cet article est à faire circuler. DM


Rumeur contre l'école : La réaction à l'œuvre

Jeudi 23 janvier, de nombreux instituteurs ont eu la surprise d'entendre des parents d'élèves leur demander s'ils allaient réellement faire des cours d'éducation sexuelle à leurs enfants, leur vanter l'homosexualité, leur expliquer que les garçons pouvaient se transformer en fille et réciproquement, et bien d'autres stupidités du même genre. Des parents ont même menacé de ne pas envoyer leurs enfants en classe, et lundi 27 janvier, dans un certain nombre d'établissements, des enfants étaient en effet absents, les parents ayant répondu à un appel relayé par Internet et Tweeter.
        L'affaire a pris suffisamment d'ampleur pour que le ministre Peillon, les inspecteurs et les syndicats d'enseignants interviennent pour répéter l'évidence : l'école maternelle et primaire se borne à expérimenter des méthodes pour éduquer les enfants à l'égalité fille-garçon. Ce qui est une excellente chose.
         La rumeur, mensongère au départ, délirante au fil de sa diffusion, a été lancée par une militante d'extrême droite, Farida Belghoul. Elle est proche du démagogue réactionnaire Alain Soral et soutenue par Béatrice Bourges, l'égérie de la lutte contre le mariage pour tous, elle-même catholique intégriste. Cette rumeur, fortement marquée idéologiquement, a été relayée par des religieux, chrétiens ou musulmans. Au-delà du prétexte, dénué de sens, d'un enseignement de l'homosexualité aux enfants, c'est en fait l'école elle-même qui est visée, c'est-à-dire le fait que les enfants soient éduqués aussi par la collectivité, et non pas par leurs seuls parents dans le but de préserver des préjugés et des traditions surannées. Des tracts de cette mouvance réactionnaire affirment que les parents, et non l'État, sont seuls responsables de l'éducation des enfants. C'est stupide : comment les parents pourraient-ils enseigner aux enfants ce qu'ils ignorent parfois eux-mêmes ?
      L'ampleur, difficile à évaluer, prise par cette rumeur révèle un profond désarroi et une évolution inquiétante car elle touche même des familles populaires, posant entre ces dernières et les courants les plus réactionnaires un pont qui ne peut qu'accroître l'influence des idées de l'extrême droite.
       La concordance entre un tel phénomène et une manifestation d'extrême droite dans les rues de Paris n'est d'ailleurs pas fortuite. Elle survient après des mois et des années de propagande réactionnaire, religieuse, nationaliste, individualiste, propatronale distillée par tous les partis de gouvernement et certains médias. Quand on vide le cerveau des gens avec une telle constance pour le remplir avec des idées aussi crasseuses, il ne faut pas s'étonner qu'il puisse accepter pareils bobards.
       Mais les cris d'orfraie poussés par des ministres, des journalistes et autres sociologues, qui s'offusquent des bêtises gobées, sont plus répugnants encore. Car ces moralistes sont aux commandes de la société, ce sont eux qui mentent jour après jour, qui baptisent justice leur monde d'injustice et démocratie la dictature du grand patronat.
       Mais surtout, si de telles idées qui révèlent toutes sortes de replis, nationales, religieux, communautaire, peuvent prospérer, c'est qu'elles ont de l'espace devant elles. Dans le vide politique créé par la démoralisation des travailleurs, dans le silence désespéré de ceux qui se sentent écrasés par la crise, dans l'ambiance pourrie où Hollande poursuit la politique de Sarkozy, il suffit d'un rien pour que viennent crever en surface les idées les plus nauséabondes.
      Alors, il est plus que temps que le mouvement ouvrier renoue avec ses traditions de lutte et d'espoir. C'est par sa propre force, par son combat et son organisation que la classe ouvrière peut redonner foi en l'avenir, en la science et en la connaissance, et croire au progrès humain. C'est ainsi que pourrait être combattu l'obscurantisme sur lequel s'appuient tous les réactionnaires.

                                                         Paul GALOIS

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