mardi 17 décembre 2013

Editorial des bulletins d'entreprise Lutte Ouvrière du lundi 16 décembre 2013

Troupes françaises, hors d’Afrique !

Ce week-end, le ministre de la Défense Le Drian a réaffirmé que l’intervention française en Centrafrique devait mettre fin au chaos politique et assurer une transition démocratique d’ici 2014. Il ment avec u  n aplomb éhonté !
     Il y a un an, ce même monsieur expliquait que l’intervention militaire au Mali durerait… trois mois ! Les soldats français y sont encore, à plusieurs milliers, et pour longtemps, car même si la France a organisé un semblant d’élections, rien n’est réglé.
      En Centrafrique, l’intervention a démarré il y a dix jours. La France y a déployé 1 600 hommes incapables d’atteindre leur objectif de désarmer les nombreuses milices. Pire, depuis son intervention, une vague de pillages et de lynchages s’est développée à l’encontre de la minorité musulmane. Avec 600 morts recensés par l’ONU en une semaine, l’escalade meurtrière a franchi une nouvelle étape.
     Loin d’enrayer la montée de la violence, l’intervention française l’a envenimée. La minorité musulmane accuse désormais les soldats français de faire le jeu des chrétiens. L’hostilité à la présence de l’armée française s’est répandue jusqu’au sein de la force africaine présente pour appuyer la mission de stabilisation. C’est dire que l’armée française ne contrôle rien.
     Hollande et Le Drian promettent la paix et des élections libres, mais ils n’ont même pas la volonté de ravitailler et d’assurer la survie de dizaines de milliers de réfugiés qui se sont regroupés aux abords de l’aéroport, contrôlé pourtant par l’armée française !
     Combien de temps durera l’intervention française en Centrafrique ? Combien fera-t-elle de morts des deux côtés ? Personne ne peut le dire. Le résultat fait en revanche peu de doutes : la clique choisie par la France sera installée au pouvoir au travers d’élections plus ou moins bâclées, elle conservera le pouvoir le temps qu’une nouvelle rébellion ne vienne la renverser. Quant à la tragédie humaine que constitue l’extrême dénuement dans un des pays les plus pauvres de la planète, elle se poursuivra.
      En 50 ans, depuis l’indépendance des ex-colonies, la France est intervenue 40 fois en Afrique. Nulle part elle n’a contribué à instaurer la démocratie et la sécurité. Nulle part elle n’a conduit à faire reculer la misère et le sous-développement.
      En Centrafrique, l’armée française est intervenue maintes fois avec le résultat que l’on connaît aujourd’hui. Car en guise de démocratie, l’État français a toujours soutenu les pires dictatures, y compris celle de l’empereur Bokassa, une des plus délirantes et cruelles. Que le pays soit plongé dans la misère, privé d’écoles, d’hôpitaux n’a jamais gêné les gouvernements français du moment que leur homme était au pouvoir et que les affaires continuaient.
     La France porte une lourde responsabilité dans le chaos politique et l’arriération économique de l’Afrique. Qu’elle joue aujourd’hui le rôle de sauveur est d’autant plus révoltant qu’elle contribue encore au pillage du continent.
     Si l’Afrique est un enfer pour beaucoup de travailleurs et de pauvres africains, elle est un eldorado pour Total, qui pompe le pétrole du Congo et du Gabon. Elle est un eldorado pour Bolloré, qui domine ses principaux ports et réseaux de transport ; pour Rougier, qui exploite ses bois précieux. Et que deviendrait la prétendue indépendance énergétique de la France sans la possibilité donnée à Areva d’extraire l’uranium du Niger ?
     Quel que soit leur domaine d’activité, toutes les grandes entreprises françaises, de Vinci à Orange, en passant par Vivendi, Bouygues, Axa, Sagem, Eiffage, sont intéressées par cette région où l’exploitation des matières premières comme des hommes est si facile.
    Le colonialisme est fini, mais l’Afrique continue à être vidée de son sang et de ses richesses comme au temps des colonies. C’est cette réalité que défendent les troupes françaises basées en Côte d’Ivoire, au Tchad, à Djibouti ou ailleurs.
    Oui, l’Afrique reste l’arrière-cour de la bourgeoisie française. Oh, la France n’est pas la seule puissance impérialiste présente ! Mais son passé d’ancienne puissance colonisatrice fait d’elle la mieux placée pour jouer le rôle de gendarme du continent, rôle que les grandes puissances lui délèguent de bonne grâce parce qu’elles en profitent aussi.
     L’armée française protège la domination de la bourgeoisie française en Afrique et dans le monde. L’intérêt des travailleurs de France est de dénoncer ses basses œuvres et d’affirmer leur solidarité avec les peuples pillés, affamés et divisés.
     Le bain de sang qui menace aujourd’hui en Centrafrique est le sous-produit de la présence impérialiste, la perpétuer est un crime. À bas l’intervention française en Centrafrique et au Mali ! Troupes françaises, hors d’Afrique !


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